La révolution chantante (partie 1)

Publié le par Lukas

 

1986/1991

  Préambule

 

  Dans les années 80 l'URSS est sur le déclin. La guerre froide n'en a plus que le nom puisqu'il semble alors évident que les États-Unis ont d'ores et déjà remporté la bataille si ce n'est idéologique au moins économique. Technologiquement l'Union Soviétique ne peut pas suivre le rythme imposé par la machine américaine et cela se traduit par exemple par sa défaite dans la conquête de l'espace. Il y a également un déséquilibre quant aux choix de productions, l'offre ne répond pas à la demande. Le gouvernement préfère concentrer sa politique sur l'armement, négligeant ainsi les matières premières telles que la nourriture ou les vêtements. L'agriculture (malgré l'industrie lourde) ne donne pas le rendement escompté, si bien que l'URSS est contrainte d'importer du blé en quémandant aux États-Unis et au Canada. Le communisme dans son application apparaît progressivement aux yeux du monde comme bancale. Et de nombreux soubresauts en interne vont commencer à secouer la plus grande union du monde.

  Ainsi est la situation à l'arrivée de Mikhaïl Gorbatchev au pouvoir en 1985. Celui-ci s'attachera à mettre en place une politique basée sur la glasnost (transparence) et la perestroïka (restructuration). A partir de 1986 débutera une période qualifiée par certains de seconde détente qui entraînera la chute de l'URSS en 1991. Cette demi-décennie sera marquée par un relâchement de la main de fer qui conduira à sa destruction et à l'indépendance des satellites qu'étaient, entre autres, la Lettonie, l'Estonie et la Lituanie.

 

  Introduction

 

  Il est un phénomène intéressant en Lettonie : il s'agit de la musique et des chants. En effet, comme nous l'avons vu précédemment (cf : un pays, deux cultures) les pays baltes se sont libérés en partie grâce à ce que Heinz Valk appela Dziesmotā revolūcija ("révolution chantante" en letton). Mais ce n'est que la face visible de l'iceberg, car en réalité un peu comme la révolution du rock en Angleterre dans les années 60, la musique sous toutes ses formes eut un impact important dans la société, la mythologie nationaliste et la structuration de l'identité lettone avant et après l'indépendance.

  Mais avant toutes choses il est nécessaire d'analyser au préalable la situation de l'époque afin de pouvoir ensuite bien prendre la mesure des différents phénomènes qui s'y tramèrent.

 

  Les conséquences de la perestroïka et de la glasnost


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  Pris ensemble ces deux mouvements politiques orchestrés par Gorbatchev ont permis à la Lettonie d'organiser sa résistance. Prenant l'aune du désastre économique et sociétal que le stalinisme avait occasionné en URSS, il décida de libéraliser le pays en permettant aux entreprises de dialoguer avec les pays étrangers. En effet, Gorbatchev cherchait surtout à rattraper le retard technologique sur l’Ouest et l'autarcie de façade de l'Union Soviétique ne le permettait pas. Progressivement les barrières vont alors s'effondrer. Les échanges avec l'Ouest vont se banaliser, les idées vont arriver en même temps que les objets. Les peuples vont s'informer et se connecter au monde grâce à la radio. Et enfin les vinyles passés en sous-mains et écoutés oreilles ouatées vont progressivement ouvrir les œillères du peuple. Conséquences directes du manque d'informations : une certaine idée de la situation de l'autre coté du rideau de fer germa en URSS. On idéalisa « l'utopie » de l'ouest et pour beaucoup alors, le changement passait par le libéralisme et le capitalisme.

  Mais nous n'en sommes pas encore là.

  Grâce à la perestroïka plusieurs associations ou partis se prononçant pour la vérité sur les crimes de l'union soviétique et l'indépendance vont apparaître en Lettonie. Le plus important étant « Helsinki 86 » fondé en juillet 1986 mais il ne faut pas oublier de mentionner les verts (VAK) créés en 1987, ou encore un an plus tard le Front Populaire Letton et le Mouvement de Lettonie pour l'Indépendance Nationale. Les lettons, quelques soient leurs origines, adhérèrent massivement à ces mouvements et cela se traduira par différentes manifestations aux conséquences bien réelles.

 

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  D'une part, certains projets soviétiques tels que la construction d'un barrage hydroélectrique sur la Daugava (fleuve traversant Riga et se jetant dans la mer Baltique) et le métro de Riga furent abandonnés en raison des nombreuses campagnes faites par l'opposition. Cette dernière dénonçait l'irresponsabilité écologique du barrage. En ce qui concerne le métro la spongiosité du sol doublé du risque d'une immigration slave étaient mis en cause. Celle-ci aurait pu mettre à mal « l'identité lettone » selon leurs propres arguments.

  D'autre part, les manifestations devinrent choses communes à la fin des années 80 alors qu'elles ne l'avaient pas été jusqu'alors. La répression policière se faisait de moins en moins importante au fil des années. Pour exemple on peut d'abord citer le mouvement organisé par « Helsinki 86 » le 14 juin 1987. Pourquoi le 14 juin ? En 1941, le même jour les déportations staliniennes commençaient. Il s'agissait ici d'envoyer un signe fort au gouvernement soviétique. Les crimes ne resteraient pas dans l'ombre du parti communiste. Le 23 août 1987 bis repetita. En ce jour d'anniversaire du pacte germano-soviétique dit de Ribbentrop-Molotov de 1939 (qui décida secrètement du partage des territoires entre les deux puissances et, entre autre, de la Lettonie), 10 000 personnes défilèrent à Riga en signe de protestation et de réclamation. Ils souhaitaient en effet que le gouvernement publie ces clauses secrètes aux yeux du monde. 200 personnes furent interpellées mais c'était trop tard : le régime communiste ne faisait plus peur.

 

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  Cela se vérifia le 1er et 2 juin 1988 lorsque au cours du Plenum des unions de créateurs, réunions privilégiées où se réunissaient écrivains, peintres, acteurs, pour la première fois un membre du parti communiste, Mavriks Vulfsons, éleva la voix et apporta des preuves de la culpabilité du régime.

  Le PC letton était en train de se fracturer.

Publié dans Histoire lettone

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