Ironie bancaire

Publié le par Lukas

  C'est peut-être ça la crise finalement.

 

  Faire la queue à l'automate d'une banque pendant des heures dans la nuit et le froid au beau milieu du centre de Riga. Attendre, encore une fois. Après avoir essuyé plusieurs échecs auparavant. Scrutant les regards, espérant y découvrir une approbation, un léger sourire. « Oui ne vous inquiétez pas, il en reste. ». De quoi ? De l'argent bien sûr.

 

 

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  Retour en arrière. Dimanche dernier dans l'après-midi, une rumeur circule sur twitter. La Swedbank, la banque la plus importante du pays, aurait fait faillite. Très vite, la population rigoise, comme un seul homme, se rue dehors dans l'espoir de pouvoir retirer son argent avant que la clef sous la porte ne soit réellement déposée. Tant et si bien qu'en quelques heures 10 millions de lats (14 millions d'euros) vont être retirés, soit dix fois plus que d'habitude. Le lendemain les médias lettons annonceront que près de la moitié des distributeurs de la Swedbank sont vides (126 sur 298) .

 

  Le lundi matin, rien n'est encore officiel. Le premier ministre letton Valdis Dombrovskis réfute toujours en bloc, tout comme Maris Marcinskis, bras droit de la banque suédoise. Criants à l'unisson au complot, Dombrovskis déclarera aux journalistes « Ces rumeurs n'ont aucun fondement. Il n'y a pas de raison de s'inquiéter au sujet de la Swedbank ou de la stabilité des autres banques. Ces rumeurs ont été répandues dans le but de déstabiliser la situation en Lettonie ».

 

  Mais comment ne pas céder à la panique ? En 2008, la plus grande banque à l'époque du pays, la Parex Banka, avait fait faillite. Et plus récemment, il y a un mois, c'était au tour de la Krajbanka, une filiale locale. Suite à cette dernière liquidation il aura fallu trois jours à chacun pour recouvrir son argent. Mais pas la totalité vous vous en doutez. Les mesures d'indemnisation ont été incomplètes. Pour exemple on peut citer une des plus grandes fortunes du pays, Raimonds Pauls, qui a perdu dans cette affaire une grande partie de son argent. L'adage économique qui veut qu'une banque « collectivise ses pertes et privatise ses profits » se vérifie une fois de plus.

 

  Alors oui, comme ces milliers de lettons, j'ai aussi retiré mon argent ce dimanche dans la soirée. 200 lats. Une petite fortune quand on sait que le salaire moyen en Lettonie est d'environ 110 lats par mois (150 euros). Pour ceux qui en doutaient encore, la crise est bien présente et fait des ravages. Et même s'il s'est avéré hier que c'était bel et bien une rumeur, lancée par un(e) inconnu(e) aux obscures motivations, il n'en reste pas moins un constat : la peur rôde. Tout comme le chômage, la misère et l'individualisme.

 

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  Pourtant, l'ironie tragique de cette histoire est ailleurs. Pas plus tard qu'hier, la même Swedbank a annoncé son nouveau plan de restructuration. Qui se traduit par ? Vous ne devinez pas ? Vraiment ? Allez un petit effort...

  Eh oui... 600 licenciements ! Evidemment. Il n'y a plus rien d'étonnant aujourd'hui. Alors, certains me diront : mais c'est la crise, cette banque doit être en difficulté. Détrompez vous. Au troisième trimestre 2011, la filiale suédoise avait fait un bénéfice net à la hauteur de 34% !

 

Quand je vous parlais d'ironie bancaire...

Publié dans Actualités lettones

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